KELLY LUNDE – PHOTOGRAPHER

Lors des « 11ème Rendez-vous européen de Strasbourg », nous avons rencontré la photographe américain Kelly Lunde qui nous présentait son travail dans le cadre d’un séminaire sur la crise migratoire européenne.

Entre le Moyen-Orient et l’Europe, c’est avec son appareil photo qu’elle s’est intéressée aux enjeux de la migration et des droits humains. Elle a été publiée dans des médias prestigieux, sur Al Jazeera English, Human Rights Watch, Buzzfeed News et le Huffington Post, entre autres.

Pour nous, elle a accepté de répondre à quelques questions car nous voulions vous faire découvrir son travail de photographe.

During the « 11ème Rendez-vous européen de Strasbourg », we have met the american photographer Kellu Lunde who showed her work in the frame of a seminary about the european immigration crisis.

Between Middle-East and Europe, it is with her camera she focused on the migration and the human rights issues. She published in prestigious media like Al Jazeera English, Human Rights Watch, Buzzfeed News and the Huffington Post.

For us, she answered to some question because we would like to present you her work.

Pouvez-vous nous présenter votre série de photos « Landed »?
Could you please introduce us your photo project « Landed »?

Ces photos de la série « Landed » ont été prises durant mon séjour de trois mois sur l’île grecque de Lesvos. J’ai habité dans un petit village de la côte nord d’où je pouvais voir chaque matin de mon balcon les bateaux arrivant de Turquie. J’ai parfois travaillé avec des photographes qui avaient plus de budget que moi (ils pouvaient par exemple louer des voitures) et parfois j’aidais à l’arrivée des bateaux, à la traduction et au débarquement des réfugiés. Il pouvait y avoir une joie palpable sur les places mais j’ai aussi vu des gens terrifiés et traumatisés par leur voyage. C’est un environnement très sensationnel. À mon avis, il est important d’être emphatique et de ne pas simplement photographier les gens qui sortent des embarcations. Il est parfois difficile de savoir quand il faut prendre une photo et quand il faut observer ou simplement tendre une main. J’ai souvent fait les deux comme la plupart des photographes et journalistes que j’ai rencontrés sur cette île.

The photos from ‘Landed’ were taken during my three months stay on the Greek island of Lesvos.  I lived in a tiny village on the North shore and could see boats coming from Turkey from my balcony every morning.  I sometimes worked together with photographers who had more resources than me (like rental cars) and other times I was working to help with boat arrivals, translating and helping refugees disembark.  There was palpable joy on the beaches during my time and I also saw many people just terrified and traumatized from their trip.  It’s a very sensational kind of environment.  For me, it was important to be sensitive and not get in people’s faces as they got off the boats.  It’s hard sometimes to judge when to take a photo and when to watch or just offer a hand.  I usually did both and so did most of the photographers and journalists I got to know on the island.  

 

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Pourquoi avez-vous décidé de devenir photographe et plus précisément de vous concentrer sur les migrations?
How did you decide to become a photographer and moreover to focuse on migration? 

Je suis allée en Palestine après l’Université et j’ai pris des photos durant quelques temps. Même si je n’envisageais pas de me lancer dans une carrière de photo-journaliste, j’ai commencé à me documenter et à lire des histoires que je jugeais importantes lors de mon séjour. Après un an environ, j’ai publié mes premières photos sur de petits réseaux, à me faire un peu d’argent et je me suis rendue compte que même si je ne me sentais pas légitime pour ce travail, j’adorais et je croyais en ce que je faisais. Je travaille bien sous la pression, j’ai l’impression de m’épanouir dans des environnements stressants et j’aime aussi les relations qui viennent de mes rencontres avec les sujets de mes photos. De plus, j’ai été exclue d’Israël et j’ai dû partir ailleurs. J’ai vécu en Jordanie pendant six mois où j’ai réalisé quelques projets sur des réfugiés syriens et irakiens. Finalement, je suis allée avec un collègue à Lesvos et j’ai prévu d’y rester seulement peu de temps. Ma vie n’est pas monotone et j’ai décidé de rester trois mois et de suivre la route des réfugiés avec une famille. J’adore découvrir de nouveaux sujets, mais être immergée sur une problématique précise est le plus souvent la façon dont j’aime travailler.

I moved to occupied Palestine after University and had been taking photos for some time.  While my focus was not to start a career as a photojournalist, I was exploring stories and documenting what I deemed to be important during my time there.  After about a year, I started to publish on small networks and made a bit of money and realized that though I didn’t feel qualified to do the work, I loved it and believed in the stories I worked on.  I worked well under pressure and seemed to thrive in stressful environments and also really enjoyed the relationships that came from meeting subjects.  Eventually I was deported by the state of Israel and had to move somewhere else.  I lived in Jordan for six months where I did some projects on Syrian and Iraqi refugees.  Eventually I went with a colleague to Lesvos and only planned to be there for a short time.  My life is quite fluid and I decided to stay for three months and followed the refugee route with a family when I was there.  I love exploring new topics but also, being immersed in one specific issue is how I like to work most of the time.  

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Vous semblez avoir construit des liens forts avec les gens que vous avez photographiés. Comment parvenez-vous à gagner leur confiance et à créer ces liens?
You seem to build strong ties with the people you have photographed. How do you reach to win their trust and create this ties?

 

Il arrive souvent que je parvienne à créer ces liens avec les gens très rapidement. Généralement, cela nécessite que j’aille quelque part, que je m’immerge dans cet environnement puis je deviens naturellement sociable. Les sujets de mes photographies viennent de cultures qui sont incroyablement chaleureuses et hospitalières donc très simples d’accès. Je place toujours au premier plan de mes interviews mon rôle de journaliste qui veut aider à raconter des histoire. Parmi mes sujets, je me suis fait de nombreux amis et c’est un moyen de tirer le positif de la situation. Lorsque je travaillais à Idomeni à la frontière gréco-macédonienne, j’ai passé beaucoup de temps à informer les gens des mises à jour de la fermeture des frontières de l’UE et ce que cela signifiait pour eux. Donc quelques-uns des milliers de réfugiés ont compris la situation. De plus, être capable de communiquer dans un arabe basique – que parlent la plupart des Syriens, Irakiens, Nord-Africains et quelques Afghans, est bien sûr un atout précieux.

I tend to build connections with people quite quickly.  Usually, it involves me going somewhere and putting myself in the environment and being friendly.  My subjects come from cultures that are incredibly warm and hospitable typically so working is usually pretty straightforward in terms of access. The spaces can indeed be very sensitive and that’s when it’s important to have a good sens of how people communicate about their boundaries. I always am upfront in interviews about my role as a journalist wanting to help tell their story.  Beyond my subjects, I make many friends in the places I work and thats how you get a good sense of the situation.  When I was working in Idomeni on the Greek/Macedonia border, I spent so much time telling people about the updates with the border closure by the EU and what that meant for them.  So few of the thousands of refugees there understood the situation.  Being able to communicate in basic Arabic – which most Syrians, Iraqis, North Africans and some Afghans speak has been perhaps my most valuable tool.  

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Avez-vous déjà eu des difficultés pour réaliser des projets que vous aviez?
Did you already have some difficulties to realise some project you had? 

J’ai beaucoup de difficultés 🙂 Subvenir à ses besoins en étant photographe freelance est très difficile dans le climat actuel. Les problématiques que je couvre ont aussi laissé des marques sur ma santé mentale et mes relations avec les autres. J’adore ce que je fais et je le sais car je suis disposée à faire les sacrifices qui me sont imposés jusqu’à maintenant. Trouver des idées de projets particuliers n’est pas si difficile. Tout me fascine et il y a tellement d’histoires à raconter. Ce qui est difficile, c’est ensuite de les vendre!

I have many difficulties 🙂  Making a living as a freelance journalist is incredibly hard financially in the current news climate.  The issues I am covering also have taken a toll on my mental health and my relationships.  I love what I do and I know that because I am willing to make the sacrifices that have been demanded of me so far.  Finding project ideas specifically is usually not so difficult.  Everything fascinates me and there are so many stories to tell.  What is difficult is selling them to networks!

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Pouvez-vous nous raconter votre anecdote préférée sur l’un de vos projets?
Could you tell us your favorite anecdote about one of your project?

Pour l’un de mes projets, j’ai suivi une famille Afghane de Grèce en Allemagne, et j’ai pris une photo que j’aime particulièrement. Après avoir perdu leurs deux frères dans une première tentative de traversée à l’aide de passeurs l’année dernière, ces deux garçons pré-adolescents étaient en train de grandir dans leur nouvelle maison à Bonn, en Allemagne. Ils ont appris tout seul à nager et à parler un peu allemand. Après les avoir à nouveau rencontrés après presque un an, je les ai emmenés à la piscine publique et j’ai vu ce petit turc de 12 ans demander au maître nageur, en allemand, d’ouvrir le plus haut plongeoir. J’ai fait cette photo durant le premier plongeon et j’ai observé ses frères et d’autres enfants avoir le courage de le rejoindre au dernière niveau du plongeoir. C’était un moment très particulier et qui a imagé la résilience et l’espoir que j’essaye de faire passer à travers mes photos.

In the project I did following the Afghan family from Greece to Germany, I took a photo I especially love.  After these two pre-teen boys had lost two siblings on their first try at crossing by smuggler’s boat last year, they were thriving in their new home in Bonn, Germany.  They had taught themselves how to swim and could speak basic German.  After meeting up with them for the first time in almost a year, I took them to a public pool and watched as 12-year-old Turkey asked the local lifeguard, in German, to please open the high dive.  I snapped a photo of his first jump at the diving board and watched as his brother followed and other kids joined in braving the elevated platform.  It was a very special moment and typifies the kind of resilience and hope that I try to follow in stories.

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To see more pictures: http://www.kellylunde.com/
Pour plus de photos: http://www.kellylunde.com/

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